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:: samedi, le 1er novembre 2003
par:
Crépin Déma
Un Dialogue « encadré »
Officiellement inauguré le 9 septembre 2003, soit deux jours plus tôt que prévu, par un discours d'orientation de François Bozizé, le Dialogue National initié en décembre 2002 par Ange Félix Patassé et repris sous la pression de la communauté internationale et des bailleurs de fonds rentrait enfin dans sa concrétisation.
Dans son discours d'ouverture, François Bozizé plantait le décor et dessinait les contours de ces assises. « Le Dialogue National ne doit pas être un lieu de diatribes stériles ou de déballages avilissants. Il faut faire en sorte que la RCA renaisse de ses cendres. » En outre, les objectifs ont été clairement définis : « Il nous faut à présent organiser le Dialogue National, obtenir les recommandations afin de doter le pays d'une nouvelle Constitution, d'un nouveau code électoral, organiser des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles, qui parachèvent la réconciliation nationale en grande partie réalisée. » Les objectifs ainsi définis ne souffraient d'aucune ambiguïté.
La salve des pardons Ainsi posé, ce « Grand Pardon » version centrafricaine se distingue de ses devanciers par sa spécificité. Il survient après un énième soubresaut politico‑militaire qui a coûté la vie à plusieurs centaines de victimes, et surtout il est organisé sous un régime de transition qui promet des élections générales dans un an. Des batailles électorales en perspective, donc. Dans ce contexte, les demandes de pardon des principaux responsables administratifs et politiques revêtent un caractère religieux qui voudrait que la repentance d'un pécheur l'absolve de ses péchés sans en faire un coupable. Ainsi, pardonnés, les responsables repentis pourront renaître et, peut être, aspirer à de nouvelles fonctions électives. De ce point de vue, que les délégués présents et que les victimes venues témoigner aient accordé leur pardon d'une manière publique aura très certainement été une des réussites du Dialogue centrafricain, voulu - sans qu'on l'ait formulé clairement - comme une vraie catharsis. Mais déjà le président Bozizé, dans son intervention du 14 octobre, a apporté un bémol à cette épidémie de repentance : « Il ne faut pas que le pardon nous rende aveugles », mieux, « Tout le monde a demandé pardon et je dirais même les serpents ont demandé pardon ». Voilà, s'il en était besoin, que le seul maître reste le Général. On peut donc s'interroger sur la sincérité réelle de ces pardons entre hommes politiques. Une autre inconnue, vitale, reste ce qu'en penseront, loin de Bangui et le « moment historique » passé, les Centrafricains.
Une méthodologie uniforme ! La méthodologie retenue et appliquée par les cinq commissions a consisté à faire une étude exploratoire des causes de la situation de la Centrafrique depuis l'indépendance jusqu'à ce jour. Si cette méthode paraît pertinente, car basée sur un horizon assez large, elle pêche pourtant par sa généralité. Chaque crise qui a secoué la RCA a une origine et dénouement particuliers. Vouloir chercher de manière uniforme les causes sans analyser les contextes internationaux, régionaux et nationaux, ainsi que la logique des différents acteurs de chaque période, peut paraître exagérément simplificateur pour un forum censé remédier à l'échec du politique centrafricain par des propositions nationales et définir une identité centrafricaine nouvelle. Les recommandations des commissions seront un nouveau catalogue de propositions, non chiffrées, dont le calendrier et l'applicabilité relèveront en dernier ressort de l'exécutif. Un tel développement, conforme au cahier de charges initial, crée des frustrations et des mécontentements dans le camp de ceux qui auraient souhaité un plus grand dessein à ce dialogue : résoudre les problèmes récurrents de la RCA. Espoir déçu. Impréparations et tâtonnements dans l'organisation se sont poursuivis du début à la fin des assises, puisque la clôture du dialogue a été repoussée plusieurs fois pour finalement se fixer au 27 octobre. Autant dire que l'impératif d'une bonne logistique intégrant les aléas ne faisait pas partie des priorités de la commission Logistique : il fallait ouvrir rapidement ce dialogue pour satisfaire aux exigences de la communauté internationale. Les recommandations définitives du Dialogue National ne seront, probablement, qu'une synthèse des propositions, fort hétéroclites, des cinq commissions. Maintenant que le rideau tombe, quelle place ce Dialogue National occupera‑t‑il dans la constellation des dialogues africains et surtout centrafricains ? Les recommandations auront‑elles force exécutoire ? Les enjeux de réconciliation seront‑ils, cette fois, plus forts que les ambitions politiques ? « Bonne chance et que Dieu nous bénisse » - (F. Bozizé, 16 mars 2003)
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