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:: mercredi, le 15 novembre 2006
ADP : Déclaration n°20 condamnant la destruction de la RCA par la rebellion et le pouvoir en place
DECLARATION N°20/ADP/CEA/06 du 10 Novembre 2006 CONDAMNANT LA DESTRUCTION DE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE PAR LA REBELLION ET LE POUVOIR EN PLACE
L'A.D.P (Alliance pour la Démocratie et le Progres) note avec une grande amertume et une inquiétude croissante que les Centrafricains d'une manière générale ne tirent aucune leçon de l'histoire même récente et de leur propre sort.
Les mêmes comportements à l'origine de la destruction, du recul, de l'enlisement du pays se répètent en toute irresponsabilité, en toute impunité par ceux qui dirigent, qui aspirent au pouvoir et par la population elle-même.
L'entêtement, les erreurs, les intérêts égoïstes ont failli, il y a quelques années et risquent encore de conduire le pays vers une conflagration nationale alors que par le dialogue national, le peuple avait cru avoir balisé les causes de son éternelle souffrance.
L'humilité et l'honnêteté ont manqué pour reconnaître, rectifier à temps les graves erreurs et les évènements ne font que se succéder dans notre pays avec des atrocités graduelles.
C'est ainsi par exemple que la 2e mutinerie qui a secoué le pays en 1996 a été plus violente que la 1ère du mois d'avril de la même année, la 3è en mai 1997 plus sanglante que la 2è, la coup d'Etat manqué du 28 mai 2001 plus dramatique que la 3è.
Les divers affrontements avec la rébellion qui ont commencé en novembre 2001 pour aboutir au coup d'Etat du 15 mars 2003 ont semé davantage de la désolation par des pillages, des viols, des destructions de biens, des pertes en vies humaines et un nombre plus important de réfugiés à l'extérieur du pays.
Présentement, les évènements dramatiques de Paoua, l'ampleur de ceux en cours dans le Nord, le Centre Nord, le Nord Est du pays sont non seulement préoccupants, mais de nature à heurter la conscience nationale qui ne doit pas attendre le déluge pour se réveiller.
L'A.D.P (Alliance pour la Démocratie et le Progrès) constate que le Centrafricain refuse d'avancer, de grandir à la fois dans son esprit et dans ses actes.
L'A.D.P, tout en prenant à témoin l'histoire, la nation et la communauté internationale, ne cessera d'appeler l'attention sur le grave chaos vers lequel s'achemine la République Centrafricaine dont le sort dépend d'une volonté totalement absente pour sa stabilité et son développement.
L'A.D.P, tout en réaffirmant son profond attachement à la démocratie, à la paix, à l'unité nationale, condamne la rébellion en cours et le pouvoir en place pour les raisons suivantes :
Rebellion
Toute revendication ou prise de pouvoir par les armes est un recul de la démocratie, des libertés publiques et surtout de l'élan au développement.
Les exemples ne sont même pas à chercher ailleurs car l'image traumatisante et les conséquences désastreuses de la rébellion ainsi que de la prise du pouvoir par celle-ci le 15 mars 2003 demeurent des séquelles quotidiennement présentes dans l'esprit et dans la chair du peuple centrafricain.
Quelles que soient les justifications qui peuvent être invoquées, la République Centrafricaine ne doit pas subir continuellement un cycle infernal de mutineries, de rébellions et de coups d'Etat par des hommes en tenue, en armes , dont la mission n'est pas de diriger mais d'assurer sa défense, sa sécurité. Hier, une rébellion armée a pris le pouvoir par la force, s'est légitimée par les élections mais gère le pays d'une manière qui devient le motif d'une nouvelle rébellion.
Si des Centrafricains qui aiment réellement leur pays ne font rien pour arrêter à temps cette tendance, la mort de la démocratie encore naissante sera certaine, l'unité, la cohésion nationale volera en éclats, la paix encore fragile sera en péril, la destruction définitive de la nation sera consacrée par la seule volonté irresponsable de ses propres enfants.
C'est ce grave danger qu'il faut prévenir et arrêter le plus rapidement possible par le biais d'un dialogue que le pouvoir rejette systématiquement mais que la rébellion souhaite selon sa déclaration sur la Radio France Internationale après la prise de Birao.
Pouvoir en Place
Bien que s'étant légitimé par les élections, le Président de la République conserve malheureusement un esprit de chef de caserne militaire, de rebelle, de l'usage systématique de la force, de la violence tant verbale que physique, de l'affrontement, de refus, voire de mépris de l'avis du plus grand nombre de ses concitoyens et même des conseils de la communauté internationale.
Le passage du statut de rebelle à celui de « démocrate » ne se fait pas par le seul port de la cravate à la place du treillis, mais nécessite un effort d'adaptation au nouveau contexte, d'humilité, de remise en cause de soi, de tolérance, d'amour pour ses compatriotes et pour le pays. Il passe également et surtout par la prise de conscience de la dimension réelle de la responsabilité de la nation, de sa gestion pour assurer non seulement son bien être, mais pour garantir sa cohésion et la paix nécessaire à son développement.
Cet effort , cette volonté manque malheureusement au Président de la République et les faits ci-dessous le prouvent :
1 - Par sa déclaration n° 01 du 18 octobre 2005, l'A.D.P avait attiré l'attention du pouvoir sur la présence d'une rébellion armée dans le nord du pays avec des conséquences prévisibles à l'époque mais visibles aujourd'hui.
L'A.D.P rappelait ainsi au pouvoir que le nord ouest du pays est le poumon économique de la République Centrafricaine par l'agriculture et l'élevage, sans oublier l'axe menant au port de Douala, notre seule voie d'accès à la mer.
Pendant de longs mois, le pouvoir avait qualifié de « fantaisistes » et « malveillantes » les nouvelles relatives à des combats avec des rebelles, déjà actifs dans le nord depuis mai 2005 et dont la presse a parlé à plusieurs reprises.
2 - En novembre 2005, malgré le constat fait sur le terrain par les organismes des Nations Unies et l'Union Africaine qui a dénoncé cette situation tout en parlant d'une grande attaque en préparation par la rébellion, le pouvoir avait toujours tout caché au peuple centrafricain en répétant à plusieurs reprises par un mensonge éhonté, indigne et criminel que dans le nord du pays, seuls des bandits communs et des pillards étaient présents.
3 - Par sa déclaration n°07 du 16 mars 2006,l'A.D.P, tout en condamnant le grand retard avec lequel le pouvoir a fini par reconnaître officiellement le 15 mars 2006 la présence d'une rébellion dans le nord du pays, a demandé au gouvernement de réunir sans délai l'ensemble des forces vives de la nation en vue de cerner rapidement le désaccord à l'origine de cette situation et y trouver des solutions afin d'éviter au peuple centrafricain de nouveaux sacrifices inutiles en vies humaines et en biens.
4 - Aussitôt après la reconnaissance par le pouvoir de l'existence de la rébellion, des marches ont été organisées successivement par la jeunesse, les femmes et la société civile pour signifier très clairement que le peuple a besoin d'une paix durable en rejetant d'une part l'opposition armée et d'autre part les dérives, la mauvaise gestion du régime, susceptibles d'être des justifications du recours aux armes pour conquérir le pouvoir.
5 - La préoccupation des jeunes, des femmes et de la société civile rejoint pleinement celle des partis politiques de l'opposition réunis au sein de la Concertation de Partis Politiques de l'Opposition, laquelle a adressé au Président de la République en juin 2006 un Mémorandum proposant la tenue d'un dialogue politique incluant la rébellion armée en vue de trouver des solutions durables aux graves problèmes qui minent le pays. Ce mémorandum demeure à ce jour sans suite.
6 - En juillet 2006, le Président de la République a convoqué par surprise une réunion des forces vives avec essentiellement en tête une grossière stratégie consistant à y présenter l'opposition politique comme étant complice de la rébellion armée pour le simple fait d'avoir proposé un dialogue incluant celle-ci. Malheureusement pour le Chef de l'Etat, de dignes filles et fils du pays ont majoritairement opté pour le dialogue avec la rébellion pour rechercher une solution à cette crise, rejoignant ainsi la position de l'opposition, absente de la réunion.
7 - Au niveau de la Communauté internationale, la position de la France exprimée par son ambassadeur à l'occasion de la fête française du 14 juillet 2006 privilégie le recours au dialogue comme solution idéale à ce conflit.
Le Conseil de Sécurité des nations Unies a par ailleurs de son côté exhorté les dirigeants centrafricains à utiliser le dialogue comme mode de règlement de la crise.
Malgré tout ce qui précède, le Président de la République a privilégié l'option militaire.
De la même manière que le Président de la République s'est trompé en pensant ou a trompé le peuple en lui faisant croire que l'insécurité ne peut être combattue que par un Général, le Chef de l'Etat s'est encore trompé sur la solution idéale à cette rébellion armée, en écartant le dialogue .
Le Chef de l'Etat n'a même pas voulu s'inspirer de l'expérience d'un pays pourtant non loin de nous qui a été finalement obligé pour l'intérêt de la paix, de faire des concessions en allant vers les rebelles dans la jungle épaisse pour négocier, malheureusement après plusieurs décennies d'affrontements, de pertes en vies humaines et en destructions matérielles, dues à l'option militaire.
L'A.D.P rappelle au Président de la République que la politique est une science, un art, une technique.
Elle suppose du flair, de l'intuition, de l'habileté et surtout l'imagination qui sait devancer l'avenir, autrement dit les évènements.
Or, lorsque ce sont les évènements qui devancent, on finit malheureusement par se retrouver en mauvaise posture., comme présentement.
L'A.D.P note que le Président de la République oublie ou ignore qu'il a en face de lui plusieurs adversaires qui sont notamment :
l'insécurité ;
la rébellion armée proprement dite ;
les atteintes aux droits de l'homme ;
la misère ;
la division des partis politiques de la majorité présidentielle ;
l'armée divisée, frustrée, démotivée, mal équipée, mal nourrie, devenue l'ennemie du peuple et qui ne voit pas la nécessité d'une guerre contre des compatriotes, surtout que la négociation a été recommandée par tout le monde comme solution appropriée à la crise ;
Bref, une véritable coalition naturelle des hommes et des circonstances.
L'A.D.P estime que la gravité des faits et des circonstances actuelles ne devraient pas échapper aux conseillers du Président de la République même si ce dernier persiste dans son option militaire.
Or les conséquences prévisibles de cette situation il y a quelques mois sont aujourd'hui visibles, car plus le temps passe, plus la situation sociale du pays se dégrade du fait de l'effort de guerre et plus le nombre de morts se multiplie inutilement entre les deux camps, autrement dit entre des compatriotes, sans compter évidemment les pertes en vies humaines et en biens au sein des populations des zones d'affrontements.
Au lieu de se ressaisir même maintenant en faisant cesser ces pertes inutiles en vies humaines et en biens dans une guerre avec la rébellion, le Président de la République qui aime se consoler par la fiction pour se délivrer un satisfecit personnel, a eu la maladroite idée de faire organiser une marche de soutien pour la paix par la guerre, en rejetant toujours le dialogue.
La grande illusion de cette marche purement politique, car décidée, financée, organisée par le pouvoir qui a même obligé les fonctionnaires à sacrifier une journée entière de travail est qu'il n'est pas évident qu'elle puisse faire décider de l'envoi de bombardiers escomptés contre la rébellion surtout que la volonté de négocier a été totalement absente du côté du pouvoir.
Par ailleurs, ce ne sont pas non plus les propos dépourvus totalement de sagesse tenus par le Chef de l'Etat à l'égard des magistrats, des militaires, appelés pourtant à combattre et de la communauté internationale, propos qui ne sont pas de nature à apaiser les cœurs meurtris par les pertes inutiles de parents, ou des blessures dues à des offenses verbales qui seront une solution à cette crise visiblement mal gérée.
L'A.D.P CONCLUE QU'IL EST IRRESPONSABLE ET INTELLECTUELLEMENT MALHONNETE DE PERSEVERER DANS UNE VOIE DE DESTRUCTION DU PAYS PAR UNE GUERRE DESASTREUSE ENTRE COMPATRIOTES ET REITERE SA DEMANDE DE LA TENUE D'UN DIALOGUE POUR REGLER DURABLEMENT LA CRISE ACTUELLE.
Le Président National du Comité Ad' Hoc Emmanuel Olivier GABIRAULT.
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